Quelle belle journée pour être champion !

 

Nous connaissons tous Edgar Grospiron, médaillé d’or des jeux olympiques d’Albertville (souvenez-vous, l’hiver 1992 : l’homme qui dévala 250 mètres de bosses en 31’23 secondes !). Aujourd’hui conférencier et cofondateur de Wikane (consulting en stratégie de croissance), il nous a livré le fruit de son expérience, transposé au monde de l’entreprise.

 



J’avoue : je n’ai rien écouté de ce que l’ancien champion avait à nous dire sur la façon de « gagner facilement la course la plus difficile du monde ». Non. J’ai plutôt pris un grand bol d’air frais : à la fin de ce meet-up, j’étais revigorée et enthousiaste, comme après une bonne semaine au ski. C’est sans doute parce que, contre toute attente, il n’a jamais été question de goût de l’effort, discipline et opiniâtreté… mais plutôt de plaisir, d’envie et de gaieté.

 

Eloge de la folie

Quand, en 1989, je jeune Edgar remporta « la coupe du monde des bosses en ski acrobatique », il s’imagina légitimement souffler, savourer sa victoire et donner des interviews. Mais son entraîneur ne lui en laissa pas l’occasion : il voulut aussitôt savoir ce que son champion comptait faire… pour augmenter encore son niveau. Cela tombait bien, Edgar avait de l’ambition : sa coupe de champion à peine posée sur l’étagère, il déclara haut et fort vouloir gagner les jeux olympiques (JO). Si elle représentait un risque considérable, une telle déclamation présentait des vertus inattendues et néanmoins puissantes, dont Edgar se sert encore aujourd’hui en entreprise. En effet, pendant les trois ans qui précèdérent les JO, il ne fut plus « Edgar, le skieur », mais « Edgar, le futur champion olympique ». Entraîneurs, parents et coéquipiers, tous se retrouvèrent embarqués dans une aventure aussi folle que palpitante : Edgar n’était plus le seul à vouloir gagner les JO, c’est un pays tout entier qui voulait le voir monter sur la plus haute marche du podium.

 

 

« Remporter les Jeux olympiques dans son propre pays, c’est magique ! »

E. Grospiron

 

Bon, et si le malheureux avait échoué ? Edgar, lui, voyait cela comme une prise de risque calculée. S’il n’avait pas gagné, nous dit-il, « il serait tout de même entré dans la légende : en tant que champion des cons ». Cela aurait certes été vertigineux, mais « il n’y avait pas mort d’homme ». Il est vrai que les sportifs savent gérer l’échec, aussi cuisant soit-il, alors que nous entrepreneurs, peinons encore à l’assumer.

 

 

« On n’apprend rien des expériences délicieuses, on grandit et on se construit dans l’adversité. »

Nano Pourtier (le coach)

 

 

 

 

Eloge de Nano

 

Edgar était inconscient et Nano Pourtier, son entraineur, était un visionnaire : ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Et à votre avis, comment procédèrent-ils pour atteindre leur fol objectif ? On aurait pu s’attendre à quelque chose de trash : régime strict, lever à l’aube, des heures dans le froid, les genoux en vrac et les cuisses en feu… Eh bien non. Pour amener son athlète à se dépasser, Nano ne fit pas la liste des défauts qu’il lui restait à perfectionner. Il avait compris avant les autres que c’est le plaisir, qui génère la performance, et que vouloir éradiquer les points faibles en se focalisant dessus n’aurait mené nulle part. Il fit donc l’inverse : puisqu’ Edgar était bon en vitesse, Nano exigea de lui qu’il soit encore plus rapide. Ce faisant, un cercle vertueux se mit en place : Edgar prit du plaisir et s’amusa. Il parvint effectivement à skier plus vite et logiquement, pour ce faire, il corrigea de lui-même ses faiblesses, sans même y penser. Le plus dur était fait.

 

Eloge de la confiance

 

Nous vous racontons là une histoire tout en légèreté... mais vous aurez bien entendu deviné que, derriére tout ceci, il avait de longues heures de dur labeur et une volonté de fer. Cependant, ce n’est jamais là-dessus que s’est attardé Edgar Grospiron.

 

« Optimise ce que tu as, le reste, tu travailleras pour aller le chercher. »

Danièle Grospiron (maman d’Edgar)

Car la volonté notamment, n’est pas ce qui devrait prévaloir, que l’on soit sportif de haut niveau ou entrepreneur : elle a vocation à prendre le relais ponctuellement si, pour une raison ou une autre, il devient difficile de se lever le matin. Mais c’est plutôt la passion, transcendée en motivation, qui doit être notre carburant. Pourquoi ? Parce que la motivation distille une énergie contagieuse et rend heureux, alors que la volonté, elle, consomme de l’énergie. Alors, à l’avenir, sachez repérer le moment où votre motivation s’étiole, où le plaisir s’amenuise : rappelez-vous quelle est votre ambition et prenez les bonnes décisions pour rééquilibrer le cours de votre vie.

Edgar a remporté son incroyable pari. Le grand jour arrivé, nous raconte-t-il, il avait un million de virages au compteur, enchaînés de toutes les manières possibles et imaginables, revisitant chaque jour sa façon de faire et se remettant en question le plus souvent possible : il savait qu’il était rapide, il s’était donné les moyens d’atteindre l’excellence, et il était prêt. Prêt à tout : voilà pourquoi, ce jour-là, quand il vit ses concurrents dépités par la météo désastreuse (neige et brouillard), lui déclara : « Ahhh… quelle belle journée pour être champion olympique ! ». Et il gagna.

 

Retrouvez la conférence d’Edgar en live sur la page facebook de Nextdoor, et le compte rendu de son intervention sur www.open-nextdoor.fr : « Comment gagner la course la plus difficile du monde »