Philosophie millénaire venue du Japon, le wabi-sabi
invite à l’humilité et la simplicité dans les différents aspects de notre vie.
Il inspire une esthétique célébrant les imperfections et la modestie, qui peut
se décliner aussi dans notre approche du travail afin de nous libérer d’un
perfectionnisme aussi usant qu’illusoire.
Le wabi-sabi, une esthétique de la modestie
Association de wabi (solitude, simplicité,
dissymétrie, nature…) et sabi (altération par le temps, patine des
objets, attrait pour les choses vieillies), ce concept esthétique japonais
cultive les mérites du renoncement à ce qui brille, et le retour à une
simplicité et rusticité volontaires. En décoration, il se traduit par le choix
d’objets ébréchés, abîmés, dont les fêlures sont mises en valeur pour souligner
le travail du temps. Spirituellement, il invite à contempler la beauté des
choses atypiques et à se détacher de l’attrait du superflu, accepter
l’inévitable, reconnaître notre impermanence et ne pas chercher la perfection…
afin d’accéder à la sérénité et une forme de plénitude. Sacré programme,
n’est-ce pas ? Autant dire que le dernier smartphone à la mode n’est pas
trop trop wabi-sabi, non plus que cette paire de chaussures aussi
tendance que vite démodée.
Une philosophie de vie qui célèbre la singularité
Puisque la vraie beauté se cache dans l’imperfection et
l’histoire qu’elle raconte, le wabi-sabi invite à être pleinement soi
(puisque nous le savons, personne n’est parfait). Christopher A. Weidner,
thérapeute allemand, expert en feng-shui et auteur de plusieurs livres
consacrés au wabi-sabi, enfonce le clou : « Nous portons en
nous tout ce dont nous avons besoin pour nous sentir beaux et heureux. Nous
devons seulement diriger notre attention vers ce qui nous est essentiel »,
ce qui nous permet de nous accepter et surtout de devenir ce que nous sommes
vraiment plutôt que de poursuivre une image illusoire de nous-mêmes. En bref,
pour être heureux, soyons discrets, imparfaits et singuliers !
Comment appliquer le wabi-sabi dans sa vie professionnelle
Vous l’avez compris, selon le wabi-sabi, la
perfection est une illusion et l’imperfection une force. La prochaine fois que
vous expérimenterez un coup de stress à l’approche d’un rendez-vous important,
ou en apportant la 125e correction à votre dernière présentation
client, soufflez un bon coup, et prenez du recul : ce ne sera jamais
parfait, et tant mieux ! Cette imperfection n’appartient qu’à vous, c’est
elle qui rend unique votre proposition et votre regard sur les choses. Sans
oublier que la perfection est à ce point subjective, que vous vous épuiseriez
en vain : vos critères ne seront jamais ceux des autres. Une fois que vous
estimez avoir fait de votre mieux, refermez donc votre ordinateur et allez
plutôt faire un tour pour oxygéner vos neurones en admirant la beauté des
couleurs des feuilles tombées au sol.
De manière plus prosaïque, adopter une philosophie
wabi-sabi, c’est aussi se dire que votre smartphone professionnel qui a
« déjà » un an peut bien tenir encore un an (voire deux, soyons fous)
de plus. Que, malgré son cuir fatigué, votre sacoche d’ordi a encore de beaux
jours devant elle. Que l’anse cassée de votre mug (réutilisable, bien sûr) vous
permet de le reconnaître au premier coup d’œil dans l’égouttoir du bureau, que
cela vous le rend précieux et que ce serait bien dommage de le jeter pour si
peu. Somme toute : faire avec ce qu’on a, et s’en porter mieux !
Faire du tri avec le wabi-sabi
Cette spiritualité prône un retour à la simplicité et à
l’essentiel, en se contentant de ce qu’on possède déjà plutôt que de chercher à
amasser toujours davantage. Dans la maison, cela passe par un désencombrement
de l’espace afin de conserver uniquement les objets qui nous sont vraiment
chers, par leur histoire ou leur aspect.
Au bureau, cela veut dire choisir ses priorités en fonction
de ce qui nous tient vraiment à cœur plutôt que ce que nous pensons devoir
faire. Ce énième dossier que notre boss nous propose de prendre, n’allons-nous
pas l’accepter par fierté d’être celui / celle qui comptabilise le plus
d’heures supplémentaires de l’équipe ? Cet appel d’offres dont on ne sait
pas très bien comment on va le gérer si on le gagne, ne vaut-il mieux pas y
renoncer afin de se consacrer à nos clients historiques qui nous font déjà
confiance ?
Les décisions n’appartiennent qu’à vous, mais vous poser la
question avant de sauter le pas vous permettra de ne pas perdre de vue le
plus important : qui vous êtes, et ce que vous voulez vraiment.
En bref
Il ne vous aura pas échappé que certains objets vieillissent et s’abiment sans pour autant perdre leur attrait ? Les miroirs anciens qui se piquent avec le temps, le sac-à-main de votre grand-mère ou la veste en cuir de votre oncle… Leur dénominateur commun ? Des objets fabriqués avec soin et avec des matériaux de qualité… En cette fin d’année, inspirez-vous du wabi-sabi pour renouer avec une forme de simplicité et revenir à l’essentiel. Allégez-vous du superflu, réfléchissez avant d’acheter, achetez mieux, questionnez-vous sur vos priorités professionnelles… et profitez du détachement serein que cela vous apporte !
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Quelques idées de lecture pour aller plus loin :
- Wabi-Sabi à l’usage des artistes, designer, poètes et philosophes, de Leonard Koren (Sully Eds, 2015). Même si vous n’êtes ni poète, ni philosophie, ni artiste, ni designer, cet ouvrage est un précieux guide pour explorer les piliers de la spiritualité wabi-sabi.
- Wabi-Sabi, trouver le bonheur au-delà de l’imperfection de Christopher A. Weidner (Éditions Courrier du Livre, 2007). Un livre pour apprendre à gérer harmonieusement ses relations et à éviter le stress au quotidien en apprenant à être pleinement soi.
Bonne lecture !