Réduction des surfaces, essor du coworking, pilotage par la data… L’étude JLL TOP des tendances de l’immobilier 20261 met en lumière une transformation nette. Les entreprises ne cherchent plus à stabiliser leur parc immobilier, mais à l’ajuster en permanence. La flexibilité s’impose comme un levier structurant des stratégies immobilières et une condition de performance. Décryptage de ce phénomène de fond.
En bref
- Un modèle immobilier en mutation : en Europe, 40 % des entreprises prévoient de réduire leur nombre de sites, tout en cherchant à optimiser l’usage de leurs espaces existants.
- La flexibilité devient un standard mondial : 50 % des entreprises dans le monde prévoient d’intensifier leur recours aux espaces flexibles et au coworking, en complément de leurs bureaux traditionnels.
- Un pilotage de plus en plus stratégique : à l’échelle mondiale, 84 % des décideurs font face à la hausse des coûts, tandis que 93 % considèrent la durabilité comme un moteur d’investissement technologique.
Le bureau n’est plus un acquis, mais un arbitrage
Les directions immobilières ont changé de posture, comme le montre l’étude JLL. Leur ambition n’est plus d’amortir un parc immobilier dans la durée, mais de l’adapter en continu. Cette bascule se lit dans les priorités affichées. Dans le monde, 72 % des décideurs placent la réduction des coûts opérationnels en tête de leurs enjeux, devant l’optimisation de l’utilisation des espaces (51 %) et l’efficacité organisationnelle (50 %).
La lecture devient encore plus intéressante à l’échelle européenne. Ici, 60 % des entreprises font de l’optimisation du portefeuille immobilier une priorité, soit 9 points de plus que la moyenne mondiale (51 %).
En creux, ces chiffres démontrent que le bureau est désormais considéré comme une variable d’ajustement. La question que se posent assets managers et décideurs n’est plus « combien de bureaux faut-il ? », mais « comment adapteur leur coût en permanence selon les besoins réels de l’entreprise ? »
Réduire les surfaces… sans réduire les usages
Ce changement de logique se traduit dans les stratégies adoptées. En Europe, 40 % des entreprises prévoient de réduire leur nombre de sites, contre 29 % au niveau mondial. Dans le même temps, 32 % déclarent avoir déjà réduit leur parc récemment, signe que le mouvement est déjà engagé.
Faut-il en déduire que les bureaux ne sont plus nécessaires, comme à l’ère post-Covid ? Bien au contraire, l’étude JLL montre que leur usage s’intensifie, dans une dynamique d’optimisation des espaces. À l’échelle mondiale, une entreprise sur deux prévoit ainsi d’augmenter le taux d’utilisation de ses bureaux, et 45 % déclarent avoir déjà engagé cette démarche.
Ces chiffres racontent une transformation plus fine qu’une simple réduction des espaces de travail. Le bureau devient un actif que l’on ajuste pour mieux exploiter les surfaces existantes.
Du siège unique à une organisation distribuée
Pour répondre à la variabilité des usages et aux contraintes économiques, les entreprises ne se contentent pas d’optimiser leurs surfaces : elles transforment la structure même de leur parc immobilier.
Le modèle du siège unique laisse place à une organisation plus distribuée, combinant plusieurs types de lieux : un site principal, des implantations plus légères et des solutions flexibles mobilisables ponctuellement.
L’objectif n’est plus de concentrer les équipes dans un lieu unique, mais de rapprocher les espaces de travail des usages réels.
Une double logique : réduire le fixe, introduire du flexible
Cette évolution repose sur deux mouvements complémentaires, qu’il convient de lire ensemble.
D’un côté, les entreprises réduisent leur immobilier traditionnel. En Europe, 40 % d’entre elles prévoient de diminuer leur nombre de sites. Cette rationalisation vise à limiter les surfaces peu utilisées et à maîtriser les coûts.
De l’autre, elles introduisent davantage de flexibilité dans leur parc. L’essor du coworking et des espaces de travail à la demande s’inscrit dans ce contexte : à l’échelle mondiale, 50 % des entreprises prévoient d’intensifier leur recours à ces solutions, et 45 % en Europe, pour gagner en flexibilité et en agilité.
Ces deux mouvements créent un immobilier hybride, à l’image des modes de travail qu’il accompagne. Le bureau ne disparaît pas, il se transforme en un ensemble de lieux complémentaires, combinant espaces fixes, réduits, et solutions flexibles pour compléter selon les besoins. Cette organisation permet aux entreprises de maintenir un socle stable tout en disposant de capacités d’ajustement
Le bureau pensé en réseau, et non plus un lieu unique
Pour atteindre cet équilibre, JLL dévoile que les entreprises revoient la structure même de leur parc immobilier. Le modèle du siège unique cède la place à une organisation plus distribuée, combinant différents types de lieux.
À l’échelle mondiale, une entreprise sur deux prévoit d’intensifier son recours aux espaces flexibles et au coworking. En Europe, la dynamique est bien réelle aussi, avec 45 % des organisations concernées.
Des usages devenus structurellement variables
Cette transformation trouve sa source dans une évolution profonde des modes de travail. À l’échelle mondiale, 66 % des salariés de bureau ont adopté une organisation hybride, avec une présence de 3,7 jours par semaine sur site en moyenne. Point intéressant : ce niveau correspond globalement aux attentes des entreprises, signe d’un certain équilibre trouvé dans l’organisation du travail. En France, la tendance est similaire : la présence effective s’aligne sur les jours attendus, même si la perception du retour au bureau y est légèrement moins positive (64 % contre 72 % au niveau mondial).
Toutefois, ces chiffres rappellent qu’un nouveau modèle reste à trouver. Certains jours concentrent la majorité des équipes, tandis que d’autres connaissent une occupation bien plus faible. Cette variabilité structurelle questionne les modèles immobiliers traditionnels, pensés pour une présence homogène.
L’étude JLL sur les tendances de l'immobilier 2026 ne reflète pas seulement l’essor du travail hybride, elle confirme la difficulté croissante de prévoir une occupation stable des espaces. Dans ce contexte, la flexibilité apparaît comme une adaptation stratégique à des usages devenus imprévisibles.
Transformer les espaces plutôt que les figer
Face à ces usages irréguliers, les entreprises ne se contentent plus d’ajuster leurs surfaces. Elles revoient en profondeur la manière dont leurs espaces sont conçus et exploités.
Cette évolution se reflète dans les modèles immobiliers. Baux plus flexibles, ouverture à la sous-location, développement de services à l’usage, espaces modulables : tout converge vers une logique d’adaptation continue. Pour les y aider, nombre d’entreprises - grands groupes, PME et start up - se tournent vers des opérateurs comme Wojo, pionnier du coworking en France, qui accompagne cette dynamique depuis 10 ans.
À l’échelle mondiale, 33 % des entreprises ont déjà augmenté leur recours aux espaces flexibles au cours des deux dernières années, et 50 % prévoient de poursuivre dans cette direction. En Europe, la dynamique est similaire, avec 31 % des organisations ayant déjà franchi le pas et 45 % qui comptent l’accélérer.
L’étude JLL montre qu’on ne parle pas d’une simple tendance, mais d’une trajectoire stratégique sur le long terme. Les espaces de travail doivent pouvoir évoluer et s’adapter à des besoins qui changent vite. Le bureau devient un environnement transformable, capable d’accompagner les variations d’activité sans crée de rigidité structurelle.
La donnée, clé de voûte de la flexibilité
Adapter les espaces suppose une condition essentielle : comprendre précisément comment ils sont utilisés. La data s’impose donc comme un outil central de pilotage. Les entreprises veulent objectiver leurs décisions en mesurant les taux d’occupation, en analysant les usages et en ajustant leurs surfaces en conséquence.
Dans cette optique, l’étude JLL montre l’essor révélateur de l’intelligence artificielle. À l’échelle mondiale, son utilisation dans l’immobilier d’entreprise est passée de 5 % des organisations en 2023 à… 92 % en 2025 !
En France, si les investissements dans les technologies IA et data appliquées à l’immobilier restent plus mesurés (65 % des organisations, contre 87 % au niveau mondial), les cas d’usage se diversifient, notamment autour de la gestion énergétique, de la maintenance et du pilotage des espaces.
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Une réponse à un environnement sous contrainte
La montée en puissance de la flexibilité ne s’explique pas uniquement par l’évolution des usages. Elle s’inscrit aussi dans un environnement économique et opérationnel contraint, qui pousse les entreprises à revoir leurs modèles.
À l’échelle mondiale, 84 % des décideurs en facility management citent la hausse des coûts d’exploitation des bureaux (énergie, maintenance, services…) comme leur principale difficulté. Un chiffre qui donne le ton : l’enjeu n’est plus seulement d’aménager les espaces, mais de les piloter avec plus d’efficience. À cette pression financière s’ajoutent d’autres défis, qui complexifient encore la gestion des environnements de travail :
- 46 % évoquent les incertitudes économiques, qui rendent les décisions immobilières plus risquées à long terme.
- 40 % pointent les difficultés d’intégration des nouvelles technologies, devenues pourtant indispensables pour optimiser les espaces.
- 39 % soulignent un manque de compétences internes, notamment pour accompagner cette montée en complexité et exploiter pleinement les outils digitaux.
Ces indicateurs dessinent un changement de paradigme. Les directions immobilières doivent faire plus avec moins, tout en intégrant de nouveaux outils et en s’adaptant à un environnement incertain. Dans ce contexte, la flexibilité permet d’ajuster les coûts, de limiter les engagements et de s’adapter plus vite aux évolutions.
La performance énergétique, nouveau levier de valeur
Au-delà de la flexibilité des usages, l’étude JLL met en évidence une autre évolution majeure : la performance énergétique devient un critère central dans la gestion des bureaux.
Ce basculement est d’abord technologique. À l’échelle mondiale, 93 % des décideurs immobiliers identifient la durabilité comme un moteur d’investissement dans les technologies immobilières. Concrètement, les entreprises s’équipent pour mieux piloter leurs bâtiments, avec des capteurs de consommation, des outils de gestion énergétique, ou des plateformes de suivi ESG. Pourquoi ? L’énergie n’est plus seulement un enjeu environnemental. Elle représente un coût stratégique, que les entreprises cherchent à maîtriser au même titre que les surfaces ou les loyers.
Une question d’autant plus centrale que le parc immobilier est vieillissant. À Paris, 83 % des bureaux ont plus de 10 ans, et 88 % en Europe ! Une grande partie n’est donc pas adaptée aux standards actuels de performance énergétique.
Face à ce constat, l’enjeu dépasse la simple réduction des consommations. Il s’agit de revaloriser les actifs existants. En Europe, seuls 2,5 % des actifs font aujourd’hui l’objet de reconversions, alors que les besoins sont estimés à 13 %. Cela signifie que la transformation du parc immobilier ne fait que commencer.
La « performance verte » a changé de statut. Elle ne relève plus seulement de la RSE, mais devient un levier de création de valeur au cœur des décisions immobilières.
Vers des bureaux plus utiles que jamais
Si l’immobilier d’entreprise se transforme, ce n’est pas pour se réduire, mais pour gagner en pertinence. En s’appuyant sur la data, en intégrant les enjeux énergétiques et en adoptant des modèles plus flexibles, les entreprises disposent de leviers concrets pour mieux aligner leurs espaces avec leurs usages réels. Une évolution qui ouvre la voie à des environnements de travail plus efficients, mais aussi plus cohérents avec les attentes des collaborateurs.
L’étude JLL 2026 montre que le bureau ne disparaît pas : il se redéfinit. Moins standardisé, plus modulable, mieux piloté, il devient un outil au service de la performance collective et un terrain d’innovation pour les organisations qui sauront en faire un véritable levier stratégique.