Wojo publie sa première étude, consacrée aux enjeux du "retour au bureau" (par opposition à : toujours plus de télétravail). Réalisée auprès de ses membres, il interroge la réalité cette tendance, et plus largement le rapport au bureau des collaborateurs, sans oublier le point de vue des décideurs.
Amani Salma, directrice marketing et communication de Wojo, revient sur les résultats.
1. Pourquoi Wojo a-t-il lancé cette étude ?
Amani Salma : La remise en question du télétravail et le « retour au bureau » sont des sujets récurrents dans l’actualité. Mais au-delà de certains cas très médiatisés, on a du mal à comprendre la nature et l’ampleur de cette tendance : en mars dernier, l’Apec indiquait par exemple que 94 % des entreprises françaises n’envisageaient aucune évolution de leur politique de télétravail en 2026*.
On a donc souhaité en avoir le cœur net ! Wojo accueille des centaines d’entreprises depuis plus de dix ans : nous sommes les témoins privilégiés, et partenaires de l’évolution de leurs usages. Nous avons donc décidé de confronter les discours à la réalité : comprendre où en est réellement le travail hybride, ce qu’en pensent les décideurs et leurs collaborateurs ; mais aussi interroger les uns et les autres sur ce qui motive aujourd’hui à venir au bureau, ce qui freine et, surtout, ce qui pourrait donner envie de venir davantage.
Nous avons interrogé directement nos membres : 903 décideurs, collaborateurs et indépendants de Wojo et Mama Works ont participé à l’étude.
2. Le retour au bureau existe-t-il vraiment ?
A.S. : Notre étude révèle que 36,4 % des décideurs ont renforcé ou envisagent de renforcer la présence au bureau en 2026. Mais il ne s’agit pas d’une remise en question du télétravail : chez Wojo, seules 5,5 % des entreprises interrogées fonctionnent en 100 % présentiel aujourd’hui.
On est plutôt entrés dans une phase de maturité du travail hybride, avec en moyenne trois jours de présence par semaine, très proche des 2,7 jours souhaités par les collaborateurs. Et ce n’est pas propre à notre communauté : en mai 2026, l’Insee* constatait que le télétravail s’était durablement installé en France avec un rythme de trois jours en présentiel.

En revanche, l’Apec* anticipait en début d’année un encadrement plus structuré du télétravail, avec 47 % des cadres qui envisageaient une évolution de ses modalités de gestion, sans modification du nombre de jours autorisés. Ce n’est pas vraiment ce que nous constatons chez Wojo : 24 % des organisations n’ont pas de règle de télétravail formalisée et 68 % des collaborateurs sont libres de choisir leurs jours de présence.
Le « retour au bureau » ressemble donc davantage à un ajustement du modèle hybride qu’à un retour en arrière.
3. Quels sont les trois chiffres qui t’ont le plus marquée ?
A. S. : D’abord, les 82 % de collaborateurs qui viennent au bureau pour retrouver leurs collègues. Ce résultat fait écho à un constat largement documenté depuis la crise sanitaire* : le bureau conserve une fonction sociale essentielle.
Une étude Ipsos BVA pour Icade* arrivait d’ailleurs aux mêmes conclusions fin 2025 : 91 % des salariés jugeaient important de pouvoir échanger facilement avec leurs collègues et 84 % de partager des moments de convivialité.
Ensuite, les 65,3 % qui citent le temps de trajet comme premier frein à leur venue. C’est un enjeu majeur pour les entreprises, mais difficile à résoudre. Cela pose la question du maillage des lieux où les collaborateurs peuvent travailler, qui a toujours été centrale pour Wojo. Notre récent rapprochement avec IWG nous permet d’ailleurs de changer d’échelle, puisque nos membres accèdent désormais à un réseau mondial de 6000 adresses !
Enfin, j’ai été surprise par l’appétence pour les animations « stimulantes intellectuellement » : 59,8 % souhaitent des formats liés au développement des compétences et/ou des conférences, devant les événements de détente et festifs. Cela montre qu’ils n’attendent pas seulement du bureau qu’il soit convivial : ils veulent aussi qu’il leur apporte quelque chose.
4. Quels résultats Wojo n’attendait-il pas ?
A. S. : 40,6 % des collaborateurs viennent notamment au bureau pour mieux séparer leur vie professionnelle de leur vie personnelle. C’est assez contre-intuitif : depuis le Covid, on associe beaucoup le télétravail à un meilleur équilibre entre les deux (c’est encore le cas pour 82 % des salariés interrogés par Ipsos BVA pour Icade*).
Notre étude montre au contraire que le bureau peut lui aussi jouer ce rôle de frontière.
Nous avons également été frappés par le poids des conditions concrètes de travail : 58,7 % des collaborateurs citent au moins un frein lié au bruit, aux distractions dans leur open space ou aux équipements. Ce constat est à croiser avec celui d’une étude Ipsos BVA pour Uside publiée en juin 2026*, selon lequel les salariés français déclarent subir en moyenne 4,7 interruptions par heure (soit une toutes les 13 minutes !), et 84 % constatent des conséquences sur leur travail ou leur niveau de stress.
Il y a là un enjeu majeur que doivent relever les acteurs de l’immobilier tertiaire aux côtés des entreprises : dans un grand bureau privatif, les conversations, les appels et les allées et venues peuvent vite perturber la concentration. Les phone boxes et les salles de réunion permettent de s’isoler ponctuellement, mais elles ne règlent pas tout : cela nous invite à réfléchir aux règles d’usage et à l’occupation des différents espaces.