Gare au mal de dos ! À l’heure de l’informatisation croissante des métiers, nous passons en moyenne 9 heures par jour en position assise. Or les nécessités du confinement nous ont conduit à nous aménager un poste de travail à la maison (parfois avec les moyens du bord), alors que dans le même temps, nous avons réduit drastiquement nos déplacements : plus de marche à pied, plus d’escalier dans le métro…
Avant même le confinement, la sédentarisation accrue des travailleurs est devenue ces dernières années un enjeu de taille au sein des entreprises, à mesure que se multiplient les cas de troubles musculo-squelettiques (TMS). Des poignets aux chevilles, en passant par les coudes et le dos, nombreux sont les maux qui peuvent impacter notre qualité de vie, surtout lorsqu’ils s’installent dans la durée.
Une configuration adaptée de son
poste de travail, au même titre que l’adoption de gestes d’étirements au
quotidien sont autant de mesures faciles afin de prévenir ce type de problèmes :
voici quelques bonnes pratiques à instaurer.
1 - Aménager son poste de travail
Le marché du mobilier de bureau a connu ces dernières années une explosion
des diverses formes d’assises et de plans de travail, avec pour mot d’ordre la
flexibilité.
Cet élargissement de l’offre s’explique d’une part, par les nouveaux
usages au travail et une appétence pour un mobilier moins formel, et d’autre
part, par les recommandations de l’Institut national de recherche et de
sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies
professionnelles (INRS).
Une position assise prolongée augmente néanmoins les risques de développer des troubles musculo-squelettiques (TMS) des membres supérieurs et ne parlons de mal de dos, ou de l’apparition de troubles circulatoires : voilà pourquoi les entreprises et opérateurs d’espaces de travail proposent désormais des plans de travail modulables et une typologie variée de mobilier permettant de travailler aussi bien assis que debout.
Votre poste de travail vous fait-il mal au dos ?
Votre bureau est-il ergonomique ? L’INRS a pris les
mesures pour vous donner des repères pour bien configurer
votre poste de travail de façon à limiter les troubles musculo-squelettiques :
- veillez à ce que le dossier de votre fauteuil
fasse entre 45 et 55 cm de hauteur, avec une assise longue de 42 à 51cm, et une
profondeur de 40 à 42 cm. Les accoudoirs devraient être réglables pour
s’adapter au mieux à votre physionomie. Il convient également de privilégier
les fauteuils à 5 roues pour une plus grande stabilité et fluidité de
mouvement. - votre plan de travail quant à lui devrait se
trouver à une distance de 20 à 26 cm de votre assise, avec une hauteur de 65 à
74 cm, ainsi qu’une profondeur mesurable de 80 à 110 cm.
Offrez-vous un vrai fauteuil de bureau !
Si vous êtes à la maison, soyez vigilants à choisir une assise adaptée
au bureau que vous vous serez improvisé… Il existe des sièges ergonomiques
dits “assis-debout”, adaptables à toutes les hauteurs et morphologies, offrant
une liberté totale de mouvement (attention toutefois à vérifier qu’ils ne
soient pas mobiles, pour des raisons de sécurité).
On peut également opter pour des sièges dits “assis bas modulables”,
inclinables et réglables en hauteur, dont l’assise peut être utilisée comme
appui ventral lorsque son utilisateur se trouve à genoux ; ce type de siège
convient essentiellement pour les tâches où le poste de travail se trouve
proche du sol (ou si vous travaillez sur la table basse du salon).
Il existe également des sièges dits “assis agenouillés”, avec appui des
genoux réglables en hauteur. Une utilisation prolongée de ces deux derniers
types de siège n’est toutefois pas recommandée.
Quelle que soit l’assise choisie, il est conseillé de ne pas croiser les jambes de manière prolongée, car cette position impose une pression bloquant le retour veineux. Optez plutôt pour un repose-pied (improvisé) qui permet de surélever légèrement les jambes !
À lire aussi : Êtes-vous bien assis ?
2 - Bien positionner son écran
Est-il besoin de rappeler à ceux qui souffrent de mal de dos qu’ils doivent
se tenir droit ? Une fois installé à votre bureau, les pieds bien à plat, votre
écran d’ordinateur doit toujours se trouver directement face à vous !
Un simple décalage de ce dernier sur la gauche ou la droite pourrait en effet
provoquer des douleurs au niveau du cou et des épaules.
Attention également à ce que l’écran ne soit ni trop haut, ni trop bas
: le regard doit pouvoir suivre une ligne imaginaire atteignant le haut de
l’écran, longue d’une distance de 50 à 70 cm. Veillez à ce que la taille
standard du texte à l’écran soit environ deux ou trois fois supérieure à celle
du plus petit texte que vous parvenez à lire depuis votre position idéale, sans
quoi vous risquez de forcer votre nuque vers l’avant.
Le choix et la disposition de votre clavier n’est pas sans importance.
Ce dernier doit être dissocié de votre écran, d’une épaisseur maximale de 3 cm
et inclinable.
Conseil valable aussi pour ceux qui ont des portables : placez votre
ordinateur à une distance de 10 à 15 cm du bord de votre plan de travail, afin
de permettre à vos avant-bras (et vos mains) de s’y reposer : ces derniers
sont en effet les premiers touchés par les troubles musculo-squelettiques.
Une fois correctement installé, vos poignets doivent suivre une ligne
plate vers le clavier, sans pencher vers le haut ni vers le bas ; de même
concernant la prise en main de la souris. Le positionnement de cette dernière
doit suivre le prolongement de votre épaule. L’INRS recommande les souris
verticales, qui permettent de réduire la charge musculaire de l'extrémité du
membre supérieur.
À lire aussi : Travail sur ordinateur, gare aux douleurs !
3 - Gare à la sédentarité : place aux étirements !
Nombreux sont ceux qui, constatant une diminution progressive de leur
souplesse, imputent la faute à une simple question d’âge. Pourtant, nos longues
semaines passées assis derrière notre écran en sont largement responsables.
Il est donc recommandé :
- Idéalement, d’incorporer des séances
d’étirements à son quotidien (elles n’ont pas besoin d’être compliquées ni même
éprouvantes), - a minima, de veiller à s’étirer plusieurs
fois par jour !
La doctoresse Lauren Elson, spécialisée en médecine et réhabilitation physique à la Harvard Medical School, en témoigne : “Les étirements ne doivent pas forcément suivre un programme particulier. Il s’agit seulement de sortir de la posture dans laquelle vous passez le plus de temps, de prendre de profondes respirations, et de faire travailler vos articulations au maximum.” Des gestes aussi simples qu’étirer ses bras au-dessus de la tête quelques minutes, ou au contraire descendre ses épaules au maximum, peuvent être pratiqués plusieurs fois par jour depuis son bureau, et sont très utiles.
Attention toutefois à adapter ses étirements à sa forme physique,
certains exercices étant plus appropriés que d’autres en fonction des
personnes. Il faut savoir écouter son corps : “Vous ne devriez pas sentir de
douleur aux articulations lors de vos étirements. Au contraire, vous devriez
ressentir un allongement du muscle” précise-t-elle.
Bouger…
On peut également incorporer plusieurs astuces à sa routine quotidienne
pour faire travailler son corps et enrayer le mal de dos sans même s’en rendre
compte, en profitant par exemple d’un appel téléphonique pour se lever et faire
quelques pas, ou en proposant à ses collègues de faire le point en marchant
dans un parc plutôt qu’assis dans une salle de réunion.
N’oubliez pas vos articulations des poignets, lourdement sollicitées
par la prise en main des smartphones et des ordinateurs. En effet, taper sur un
clavier à longueur de journée augmente significativement les risques de
développer le syndrome du canal carpien, une condition nerveuse débilitante qui
affecte le poignet et les doigts de la main. Pour éviter cela, prenez quelques
minutes par jour pour effectuer les
mouvements suivants :
- Étendez les deux mains devant vous et
effectuez lentement des mouvements circulaires au niveau de vos poignets. - Répétez ces mouvements dans le sens
inverse. - Serrez vos poings puis relâchez.
- Répétez plusieurs fois.
Vous pouvez
également adapter cet exercice à vos chevilles, en levant vos pieds afin
d’effectuer lentement des mouvements circulaires au niveau de ces dernières,
puis en répétant ces mouvements dans le sens inverse. La circulation sanguine
des jambes ne doit en effet pas être négligée, afin de prévenir la sensation de
jambes lourdes. Vous pouvez par exemple faire travailler vos adducteurs de
temps à autre en rapprochant vos genoux l’un vers l’autre tout en les contrant
à l’aide de vos mains.
4 - Le mal de dos, c’est aussi dans la tête
De la même manière qu’il n’existe pas une seule posture de travail
idéale, à chacun de trouver un rythme de travail garantissant la plus grande
productivité, tout en restant respectueux de ses possibilités. Il est en
effet crucial de connaître son corps et ses besoins pour gérer et prévenir les
tensions… qui aiment à venir se manifester dans le dos, la nuque ou la tête :
à chacun son point faible.
Chris bailey, auteur du best-seller ‘The
Productivity Project: Accomplishing More by Managing Your Time, Attention, and
Energy’ paru en 2016, avait consacré une année entière à l’observation de
son propre fonctionnement, dans le but de découvrir la manière de se montrer le
plus productif possible au quotidien. Il invite ses lecteurs à adapter leur
démarche dans le cadre d’une expérimentation de trois semaines, en prenant des
notes toutes les heures sur le travail qui a été accompli, avec quel niveau
d’énergie, de motivation ainsi que de concentration. Ces données permettent
ainsi de faire émerger des tendances de plus ou moins grande productivité en
fonction de l’heure de la journée, ainsi que des clés d’explications sur ce qui
a pu booster ou au contraire mettre à mal cette dernière.
Se connaître soi-même permet de mieux calibrer sa journée de travail,
en consacrant ses pics de productivité aux tâches qui requièrent une importante
charge de réflexion. Celles plus simples et routinières peuvent ainsi être accomplies
lors des moments de relâchement, où l’on est moins concentré. Ce mode de
fonctionnement est soutenu par les recherches sur le “rythme ultradien” : le
cerveau comme le corps suivraient en effet un rythme biologique particulier, marqué
par des cycles de 90 minutes alternant activité et repos, et permettant de
réguler les fonctions cognitives et physiques.
C’est pourquoi le chercheur Nathaniel Kleitman, ancien professeur émérite à l’Université de Chicago et considéré comme le premier spécialiste du sommeil, insiste sur la nécessité d’effectuer une pause toutes les 90 minutes. Car si on ignore les signaux de fatigue que notre corps ou notre cerveau nous envoie à travers la sensation de faim, les bâillements ou encore la difficulté à se concentrer, le corps puise alors dans ses réserves d’énergie pour maintenir son rythme de travail, secrétant au passage des hormones de stress qui, en excès, peuvent se montrer contre-productives…
Un remède pourra alors résider dans des moments de détente et d'écoute de soi tels qu'un massage anti stress (qui pourra tout à fait être proposé directement sur le lieu de travail pour plus de simplicité !).
À lire aussi : Tricoter, pas si bête
En télétravail à la maison, à l’occasion d’un déplacement ou lorsque vous travaillez à votre bureau habituel : même combat ! Les troubles musculo-squelettiques tout comme le mal de dos affectent aussi bien les nomades que les sédentaires. Où que vous vous trouviez, prenez le réflexe de checker votre poste de travail et de vous assurer qu’il est suffisamment ergonomique… prenez soin de vous !