La température dans les bureaux est loin d’être un simple sujet de confort. Elle influe directement sur la santé physique des salariés, leur capacité de concentration et, en cas de dérive, peut engager la responsabilité de l’employeur. Canicule, chaleur excessive, froid persistant : face à des conditions climatiques de plus en plus contrastées, entreprises et salariés cherchent des repères clairs. Températures recommandées, obligations légales, droits des employés et mesures de prévention : on fait le point.
Pourquoi la température au bureau est-elle un sujet important ?
Pendant longtemps, la température dans les bureaux a été traitée comme un sujet anecdotique. Un thermostat mal réglé, quelques plaintes saisonnières, et l’affaire était classée. Ce temps est révolu.
Avec la multiplication des épisodes de grand froid, des fortes chaleurs, des vagues de canicule, la question de la température est devenue un enjeu de conditions de travail, au même titre que le bruit, l’éclairage ou l’ergonomie des postes.
En effet, elle impacte le confort physique, la fatigue, la vigilance et, à terme, la performance collective. Dans certains cas, elle peut même exposer les salariés à des risques pour leur santé, obligeant l’employeur à mettre en place des mesures de prévention spécifiques.
Quelle est la température idéale dans un bureau ?
C’est souvent la première question posée par les salariés comme par les employeurs. Spoiler : il n’existe pas de réponse simple. On parle plutôt de fourchette, établie sur des repères techniques et scientifiques, afin de sortir du débat subjectif.
Car non, il n’existe pas une température idéale universelle, valable pour tous les bureaux, toutes les activités, et surtout, tous les salariés. En revanche, il existe des plages de température recommandées, construites à partir de critères physiologiques, d’usages professionnels et de contraintes énergétiques.
Des repères reconnus pour les bureaux et locaux professionnels
Pour les activités tertiaires, majoritairement sédentaires, les références convergent vers des plages de confort relativement stables.
Ce que dit la norme
La norme NF X35-203, utilisée comme référence pour l’aménagement des espaces de travail, s’appuie sur les principes de l’ISO 7730. Elle situe le confort thermique des bureaux entre 20 et 22 °C. Cette fourchette correspond à une activité physique sédentaire, typique du travail sur écran.
Ce que dit l’INRS, expert du terrain
L’INRS affine ces recommandations en tenant compte des saisons et de l’environnement réel des locaux :
- 21 à 23°C en hiver, lorsque les bureaux sont chauffés ;
- 23 à 26°C en été, en présence d’une climatisation ou d’une ventilation adaptée.
L’institut insiste également sur un point souvent sous-estimé : l’écart entre la température intérieure et extérieure. Un différentiel trop important accentue la fatigue et l’inconfort physique. L’INRS recommande de limiter cet écart à 6 à 8°C, notamment en période de chaleur.
Ce que dit l’ADEME, champion de la sobriété énergétique
De son côté, l’ADEME adopte une analyse intégrant les enjeux de sobriété énergétique. Elle préconise :
- 19°C comme température de référence dans les bureaux occupés en hiver ;
- 8°C lorsque les locaux sont inoccupés plus de deux jours ;
- 26°C comme seuil à partir duquel la climatisation peut être envisagée en été.
Ce que ces chiffres signifient concrètement pour les salariés
Ces repères ne sont pas de simples recommandations théoriques. En pratique, lorsque la température d’un bureau descend durablement en dessous de 19°C en hiver ou dépasse 26°C en été, les effets se font rapidement sentir :
- Sensation de froid ou de chaleur persistante ;
- Inconfort physique ;
- Difficulté à rester concentré ;
- Fatigue accrue.
Cela ne constitue pas automatiquement une infraction au Code du travail, mais c’est un signal d’alerte. Si cet inconfort persiste pour certains salariés, la température des bureaux devient un facteur de risque pour leur bien-être et donc, à terme, pour la performance de l’organisation.
Température dans les bureaux : que dit la réglementation ?
Quand la température devient source d’inconfort, voire de tension, le réflexe est souvent le même : se tourner vers la loi pour y chercher un chiffre clair, une limite précise. En réalité, la réglementation adopte une approche plus subtile qu’un simple seuil en degrés.
Pas de température légale, mais une obligation claire pour l’employeur
Le Code du travail ne fixe aucune température minimale ou maximale chiffrée applicable aux bureaux. Ce silence n’est pas un oubli. Il traduit la volonté de laisser une marge d’adaptation aux réalités très diverses des environnements de travail : type de locaux, nature des postes, exposition à la chaleur ou au froid, activité physique des salariés.
En revanche, la responsabilité de l’employeur est clairement posée. Les articles R.4213-7 et suivants précisent que :
- Les locaux de travail doivent être chauffés pendant la saison froide ;
- La température doit être adaptée à l’activité exercée ;
- Les installations de chauffage, de ventilation et de climatisation doivent être maintenues en bon état de fonctionnement.
En clair, l’employeur n’est pas tenu d’atteindre une température « idéale » théorique, mais doit garantir des conditions compatibles avec la santé physique des salariés.
Température, conditions de travail et rôle du CSE
La question de la température dans les bureaux ne relève pas (que) du dialogue entre un salarié et son manager, ni même de discussions entre salariés partageant un même open space. Elle fait partie intégrante des conditions de travail, au même titre que le bruit ou l’ergonomie des postes.
À ce titre, le CSE peut être sollicité pour :
- Remonter des situations d’inconfort thermique ;
- Demander l’évaluation des risques liés à la chaleur ou au froid ;
- Contribuer à la définition d’actions de prévention adaptées.
Dans certaines situations, la température peut également être intégrée au Document unique d’évaluation des risques (DUERP), notamment lorsqu’elle constitue un facteur d’exposition récurrent pour plusieurs salariés ou certains postes spécifiques.
Cette dimension collective est essentielle. Elle permet de traiter la question de manière structurée, plutôt que par une succession de plaintes individuelles difficilement arbitrables.
Ce qu’il faut retenir
- Le sujet relève à la fois du dialogue social et des conditions de travail.
- Il n’existe pas de température légale chiffrée pour les bureaux.
- L’employeur a une obligation de sécurité et de prévention, y compris face aux risques liés à la chaleur ou au froid.
- Une température durablement inadaptée peut devenir un enjeu juridique, même sans situation extrême.
Chaleur, canicule ou froid : quels risques pour les salariés au bureau ?
Une température inconfortable n’est pas qu’un désagrément passager. Lorsqu’elle s’installe, elle devient un facteur de risque physique, en particulier dans des locaux mal ventilés, fortement exposés ou occupés sur de longues plages horaires.
Les risques liés au froid et à une température trop basse
À l’inverse, une température durablement trop basse dans les bureaux peut également poser problème, bien au-delà du simple inconfort.
Les principaux effets observés sont :
- Sensations de froid persistantes, en particulier aux extrémités ;
- Raideurs musculaires et tensions corporelles ;
- Fatigue accrue, liée à l’effort de thermorégulation ;
- Baisse de la dextérité, pouvant affecter certains postes ;
- Dans des cas extrêmes ou prolongés, risque d’hypothermie, notamment dans des locaux mal isolés ou peu chauffés.
Ces situations concernent plus particulièrement :
- Des bâtiments anciens ou énergivores ;
- Des zones de travail proches des entrées, des vitrages ou flux d’air ;
- Certains postes exposés plus que d’autres au froid.
Le risque n’est pas qu’individuel. Une exposition répétée au froid peut affecter collectivement la qualité du travail et la santé des salariés.
Les risques liés à la chaleur et aux fortes chaleurs au travail
En période de chaleurs élevées ou de canicule, même des postes de bureau peuvent exposer les salariés à des effets délétères, surtout lorsque les mesures de prévention sont insuffisantes.
Les principaux risques identifiés sont :
- Déshydratation, en l’absence d’un accès facilité à l’eau ;
- Fatigue intense et baisse de la vigilance ;
- Maux de tête, étourdissements, nausées ;
- Diminution des capacités cognitives, avec un risque accru d’erreurs ;
- Malaise thermique, pouvant nécessiter une prise en charge de secours dans les cas les plus sérieux.
L’INRS rappelle que ces risques concernent aussi les activités tertiaires, en particulier lorsque :
- Les locaux sont exposés plein soleil ;
- La ventilation est insuffisante ;
- Les salariés restent longtemps à leur poste sans possibilité de pause ou de changement d’environnement.
👉 Même en l’absence de travail physique intense, la chaleur excessive provoque un stress important pour l’organisme, qui doit mobiliser des ressources pour maintenir sa température interne.
Quelles responsabilités de l’employeur en matière de température et d’exposition ?
Dès lors que des salariés sont exposés de manière répétée à une chaleur excessive ou à un froid anormal, la question de la prévention se pose. Le risque thermique devient alors un élément à part entière des conditions de travail.
Cela implique pour l’employeur de :
- Identifier les postes les plus exposés ;
- Évaluer la situation au regard des conditions climatiques ;
- Mettre en place des actions de protection adaptées.
Ce n’est pas la température ponctuelle qui pose problème, mais l’exposition prolongée, sans mesures correctives, à des conditions climatiques inadaptées. Les périodes de fortes chaleurs et de canicule nécessitent une vigilance particulière, même dans les activités tertiaires. Le risque thermique s’analyse en termes d’exposition, de durée et de conditions de travail. La prévention devient une obligation dès lors que l’inconfort se répète ou s’aggrave.
Droits des salariés : que faire en cas de conditions climatiques extrêmes au travail ?
Lorsque la température dans les bureaux devient difficilement supportable, les salariés s’interrogent légitimement sur leurs droits. Peuvent-ils exiger des mesures ? Refuser de travailler ? Quitter leur poste ? La réponse dépend du niveau de risque réel et des actions mises en place par l’employeur.
Le droit de retrait : quand peut-on l’utiliser ?
Contrairement à une idée répandue, avoir trop chaud ou trop froid au bureau ne déclenche pas automatiquement un droit de retrait. Celui-ci s’applique uniquement lorsqu’un salarié a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Autrement dit :
- Le danger doit être réel ;
- Immédiat ;
- Non maîtrisé par des mesures de protection existantes.
En pratique, une température inconfortable mais stable, même désagréable, relève rarement du droit de retrait. En revanche, certaines situations peuvent le justifier :
- Canicule sévère sans accès à l’eau ni adaptation des conditions de travail ;
- Panne prolongée de climatisation dans des locaux fortement exposés ;
- Absence totale de chauffage en hiver, ou chauffage très insuffisant, entraînant un froid persistant dans les bureaux.
Avant le droit de retrait : quels sont les leviers d’action à activer ?
Dans la majorité des cas, la réponse passe par des actions intermédiaires, avant d’envisager une cessation d’activité. Côté salarié, il est recommandé de :
- Signaler la situation à son manager ou aux ressources humaines ;
- Documenter les conditions (température, durée d’exposition, impacts ressentis) ;
- Proposer des ajustements raisonnables (changement de poste, télétravail ponctuel, adaptation des horaires).
Côté entreprise, l’employeur doit pouvoir démontrer qu’il a :
- Évalué la situation,
- Mis en place des mesures de protection adaptées,
- Agi sans délai lorsque la santé des salariés pouvait être affectée.
Quelles mesures mettre en place pour maintenir un environnement de travail confortable ?
Viser une température parfaite et qui convienne à tous les collaborateurs serait illusoire. Il s’agit plutôt de réduire l’exposition au chaud ou au froid, d’anticiper les situations à risque et d’agir de manière proportionnée.
Forte chaleur ou canicule : les mesures prioritaires
Lorsque le mercure grimpe et que la chaleur s’installe dans les locaux, voici les mesures essentielles à déployer :
- Accès facilité à l’eau potable, en quantité suffisante, avec un rappel régulier de l’importance de l’hydratation ;
- Adaptation des horaires de travail, lorsque cela est possible, pour éviter les pics de chaleur ;
- Réduction de l’exposition directe au soleil (stores, occultation, réorganisation temporaire des postes) ;
- Aménagement de temps de pause supplémentaires, en particulier pour les salariés les plus exposés ;
- Recours ponctuel au télétravail, lorsque les conditions dans les bureaux deviennent difficilement supportables. Pour cela, l’entreprise peut proposer à ses salariés un poste en télétravail dans l’un des espaces du réseau Wojo (+170 partout en France), avec un bureau disponible à la demi-journée ou à la journée. Lorsque l’accès au bureau principal est compromis par les conditions climatiques. Elle garantit ainsi un environnement de travail ergonomique à proximité de leur domicile, associé à des services clés en main.
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Froid persistant : agir sur les postes et les locaux
À l’inverse, une température trop basse dans les bureaux nécessite aussi des mesures ciblées, surtout lorsque la situation s’installe. Voici les leviers les plus efficaces :
- Limiter les courants d’air, entrées d’air froid et pertes de chaleur avec l’installation de coupe-froid (boudin, joints) sur les portes donnant sur l’extérieur ou les parties communes ;
- Créer des rideaux d’air chaud au-dessus des portes très fréquentées (accueil, entrée principal) afin de constituer une barrière thermique sans bloquer les flux ;
- Agir sur les vitrages : pose de films isolants thermiques, installation de stores ou rideaux thermiques ;
- Réorganisation temporaire des postes de travail : rotation des postes, éloignement les salariés sédentaires des entrées, vitrages ou zones de passages et les regrouper dans des zones à la température plus stable ;
- Autoriser, de façon encadrée, les chauffages d’appoint ;
- Proposer du télétravail ponctuel lorsque le confort thermique ne peut être assuré.
Pourquoi personne n’a la même perception de la température au bureau ?
Parce que le confort thermique est aussi physiologique ! Plusieurs facteurs influencent notre perception de la chaleur ou du froid :
- Le métabolisme (plus ou moins énergivore) ;
- La morphologie (masse corporelle et taille) ;
- L’âge (diminution de la thermorégulation avec l’âge) ;
- Le type d’activité et la mobilité associée (travail sédentaire uniquement ou déplacements fréquents) ;
- L’habillement, souvent contraint par des codes professionnels implicites.
Résultat : dans un même open space, certains grelottent quand d’autres suffoquent… sans que l’un ou l’autre n’exagère ! Les spécialistes du confort thermique ont documenté ce décalage, et rappellent que la température « idéale » reste une moyenne statistique, et donc correspond rarement aux ressentis individuels.
Le mot de la fin : la bonne température n’est pas un détail, c’est un choix de gestion
Le confort thermique dans les bureaux n’est ni un caprice ni un simple réglage technique. C’est un levier de performance, un enjeu de santé, un sujet RH et un marqueur RSE bien concret. La vraie question à se poser n’est donc plus « quelle est la température idéale ? », mais « comment l’entreprise choisit-elle de gérer ce sujet au quotidien ? ». Anticiper plutôt que subir, expliquer plutôt qu’imposer : ici se joue la différence entre un espace de travail sujet aux crispations… et un environnement qui soutient celles et ceux qui y travaillent.