Retenez vos coups de poing et vos enchaînements d’arts martiaux. Ici, bien évidemment, lorsque l’on parle de « casser la figure du geek », l’enjeu est de déconstruire cette image du geek qui colle à la Tech et en fait une zone réservée, où il faut rentrer dans un certain cadre pour avoir droit de cité. Pour ce secteur à fort enjeu sociétal et économique, il est plus que temps de faire bouger les lignes, pour réconcilier femmes et numérique.

Inégalité homme femme : une histoire de mœurs ?

Saviez-vous que dans les années 70, il y avait plus de femmes dans les métiers de l’informatique et des technologies qu’il n’y en a maintenant ? C’est que, depuis les années 70, au moment de l’avènement de l’ordinateur personnel, l’informatique est devenue une affaire d’hommes. C’est Valérie Schafer, historienne de l’informatique et des télécommunications, qui nous le rappelle dans notre dossier spécial : « (Ils) souhaitent démontrer que la programmation, réservée souvent aux femmes jusque-là, est une affaire sérieuse, scientifique, qu’elle a une valeur économique. Dans une société masculine, cela revient à convaincre que c’est une affaire d’hommes. »

Depuis, les biais sociétaux sont à l’œuvre. Les jeunes filles se lancent dans des formations menant à des métiers loin de la Tech, tandis que les écoles d’informatique réunissent des jeunes hommes prêts à transformer la société à coups de développement de logiciels, de code et d’algorithmes. À l’heure où la Tech transforme en profondeur nos sociétés, à l’heure où les GAFA sont les nouvelles puissances mondiales, à l’heure encore où les métiers évoluent au gré des nouveaux logiciels, enfin à l’heure où une application ou un hashtag peuvent avoir un véritable pouvoir de transformation des mœurs, il est plus que temps que la Tech devienne un secteur mixte et inclusif, qui se créé à partir de la diversité, qu’elle soit de genre, d’ethnie ou sociale.

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Mixité dans le numérique : peut mieux faire

On pourrait croire que les choses changent, que les femmes accèdent à des postes d’importance, grâce à quelques exemples et figures inspirantes, comme Safra A. Catz, co-CEO d’Oracle, Marissa Mayer, PDG de Yahoo! de 2012 à 2017, Roxanne Varza, directrice de Station F, Aurélie Jean, fondatrice et CEO d’In Silico Veritas, ou encore Clara Getzel, directrice de Kandu, et on en oublie. Mais les chiffres nous rappellent le contraire : seulement 10 % des métiers des technologies sont pourvus par des femmes (Source : Syntec du numérique).

Femmes et numérique : défendre le principe d’équité

Casser la figure du geek, cela revient ainsi à faire en sorte que les femmes deviennent elles aussi actrices de la transformation de la société.

(c) Chut !

Besoin de quelques exemples pour vous convaincre ?

  • Citons l’exemple de la reconnaissance vocale, notamment celle de Google qui, jusqu’il y a peu, avaient 70 % plus de chances de reconnaître les voix d’hommes (source : Étude de Rachael Tatman, chercheuse linguistique, Université de Washington).
  • Prenons le cas de la conception des voitures. Si elles sont à l’origine de moins d’accidents de la route, les femmes ont pourtant 47 % de risques en plus d’être blessées. Pourquoi ? Parce que les mannequins des crash-tests, au niveau international, sont des hommes d’1,70 m et de 76 kg. Depuis 2011, les mannequins de femmes ont été introduits dans les tests aux État-Unis et en Europe, mais bien souvent seulement à la place du passager. Résultat, des femmes sont blessées ou meurent, parce que leurs spécificités corporelles ne sont pas prises en compte pendant les phases de R&D (source : Invisible Women, Caroline Cried Perez).
  • Autre exemple : parlons d’une application santé d’une marque à la pomme qui, à son lancement en 2014, intégrait de nombreuses données concernant le corps excepté le suivi des menstruations, parce qu’elle était créée par des hommes pour lesquels les règles étaient taboues. Et pourtant, cela aurait été bien utile pour la moitié de la population mondiale (source : Ceci est mon sang, la Menstrutech à la conquête de la Tech).
  • Autres chiffres : seuls 2 % de femmes sont financées par les levées de fonds en France. Ici, la phrase n’est pas « On ne prête qu’aux riches », mais « On ne prête qu’aux  hommes ». Comment peuvent-elles se lancer pleinement dans l’entrepreneuriat, Tech ou non, si le simple fait d’être une femme est un frein pour les investisseurs ?

Bref, des exemples de ce type, il en existe bien d’autres malheureusement. La société de demain a donc tout intérêt à se construire dans la mixité et la diversité, à l’image de toutes et tous, et pas seulement à l’image de quelques-uns.

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Femmes et numérique : de véritables opportunités à saisir

D’autant que pour les femmes, l’enjeu est aussi économique. En effet, les métiers du numérique sont rémunérateurs, offrant une certaine liberté, et accessibles à toutes et tous. Pas besoin d’avoir fait 15 ans d’études pour devenir ingénieur.e informatique ou développeur.se web, 4 à 5 ans suffisent bien souvent.

Avec un salaire moyen de 35 000 euros par an pour un développeur junior, cela fait partie des métiers qui pourraient permettre aux femmes d’accéder à une position sociale plus enviable au sein de la société, avec de hauts revenus à la clé. Sophie Viger, Directrice de l’école 42, arguait même lors de la soirée de lancement de notre magazine papier Chut ! que certains de ses élèves en stage touchaient déjà 3 000 euros par mois… Plutôt un bon salaire pour démarrer dans la vie active !

Le premier numéro de Chut !, le magazine à l’écoute du numérique est sorti en novembre dernier. Sa couverture militante — La Femme est l’avenir de la Tech — se voulait comme un appel lancé à la société, aux femmes, mais aussi à tout un secteur. Et le plus beau, c’est que la phrase fonctionne également dans l’autre sens, La Tech est l’avenir de la femme, comme le souligne Isabelle Collet, chercheuse, auteur du livre Les Oubliés du numérique paru en septembre 2019 chez Le Passeur.

Ne faisons pas de la tech un secteur réservé seulement aux puissants. Les enjeux à venir en termes de démocratie, d’écologie, de vie privée, de liberté, de consommation sont énormes et vont façonner la société de demain. Et cela nous concerne toutes et tous.

Aurore BISICCHIA, cofondatrice du média Chut !, le magazine à l’écoute du numérique.

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