La période exceptionnelle que nous traversons, et les bouleversements qu’elle entraîne dans l’organisation des entreprises invite à rouvrir un vieux débat : la réduction du temps de travail. A-t-on vraiment besoin de travailler cinq jours par semaine, sept heures par jour, pour être efficace ? La productivité est-elle liée au nombre d’heures passées devant son poste de travail ? Pas du tout, si l’on en croit les tenants de la semaine de 4 jours et des journées de 5 heures, dont les résultats laissent rêveurs…

Les Français sur le podium européen du temps de travail

D’après la dernière étude européenne complète menée sur le sujet (2016), les salariés français travaillent en moyenne 36,3 heures par semaine, et sont donc le troisième pays le plus « travailleur » derrière le Royaume-Uni (36,8) et l’Espagne (36,4). Les Allemands, eux, ne passent que 34,8 heures au travail en moyenne, et les Pays-Bas seulement 29,3 heures.

Et les 35 heures dans tout ça, alors ? Les attentes n’ayant pas diminué avec le nombre d’heures travaillées, la réduction du temps de travail n’a fait qu’intensifier la charge de travail dans les heures de présence. Certes, on récupère avec les R.T.T., mais sans doute pas assez, puisqu’en 2019, le cabinet Technologia, spécialisé dans la prévention des risques au travail, estimait à 15% la part de la population active française présentant un risque de burn-out.

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Faut-il associer productivité et temps de travail ?

À en croire une étude menée par le cabinet anglais Invitation Digital Ltd sur la productivité, ce serait se fourrer le doigt dans l’œil. Leur sondage révèle que les répondants ont travaillé en moyenne… 2 heures et 53 minutes sur toute leur journée de travail ! Et le reste du temps alors ? Ils ont passé 44 minutes sur les réseaux sociaux, surfé 1h05 sur des sites d’actualités, chatté 40 minutes sur des sujets non professionnels avec les collègues, consacré 17 minutes à leurs pauses café / thé, 7 minutes à préparer leur repas, 23 minutes à leurs pauses cigarettes, 14 à l’envoi de SMS, 18 à textoter ou appeler leur.e chéri.e, 8 minutes à grignoter et 26 minutes à chercher un nouveau job. Un tiers d’efficacité pour deux tiers de distractions, ça mérite de se pencher sur la question, non ?

Alex Soojung Kim Pang, auteur de SHORTER -Work Better, Smarter, and Less (2020) renchérit : nous sommes efficaces au mieux 4 heures par jour, tandis que le repos stimule la créativité et la pensée innovante. Quant à l’économise italien Vilfredo Pareto, il rappelle que 80% des résultats obtenus reposent sur seulement 20% du travail fourni : il invite donc à se concentrer sur ces 20%, en attaquant la journée par les tâches les plus impactantes.  

Si on résume, travailler moins permettrait de booster la créativité et le bien-être des salariés, en réduisant leur stress. Un meilleur équilibre vie professionnelle / vie personnelle améliore leur moral, ce qui se ressent sur leur motivation et l’énergie investie dans leur travail : en bref, l’entreprise y gagne. Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

Le présentéisme, un mal français ennemi de la réduction du temps de travail

Mais pour réussir à envisager cette réduction du temps de travail en France, il serait temps de faire tomber des préjugés tenaces. Selon une étude menée par GlassDoor, un salarié français sur trois se sent jugé s’il part avant 18h, même s’il a terminé toutes ses tâches, et un sur six (16%) pense qu’il est important d’être vu à son poste de travail par ses collègues et son manager.

La réflexion sur la réduction du temps de travail doit s’accompagner chez nous d’une évolution dans l’évaluation de la productivité, en passant d’une culture de la présence à une culture des résultats. À ceux qui ricanent en lisant cela, remontez au paragraphe ci-dessus : de toutes façons, on ne travaille vraiment qu’un tiers de nos journées, alors… si on s’organisait en fonction de cette réalité plutôt que de s’entêter à la nier ?

Travailler moins pour vivre mieux : les Français sont prêts !

En 2019, la jeune première ministre finlandaise Sanna Marin suscitait un buzz mondial en suggérant que son pays passe à la semaine de 4 jours, à salaires équivalents bien entendu. À la clé, plus de temps pour sa famille, ses amis, ses hobbies, ses loisirs, la culture… Bref, que des trucs importants et qui contribuent à notre équilibre personnel. Séduisant, non ? 60% des Français sont bien d’accord et seraient partant pour s’y mettre. En Finlande, l’idée a suscité de tels débats qu’elle a pour l’instant été rangée au placard, mais certaines entreprises ont déjà adopté la semaine de 4 jours (voire moins) et s’en félicitent.

La semaine de 4 jours à volonté ou une partie de l’année

L’entreprise américaine Basecamp et la PME française Love Radius, spécialisée dans la confection et la commercialisation de porte-bébés, ont un point commun : de mai à août, leurs salariés passent à la semaine de 4 jours, sans baisse de salaire bien entendu. Grâce à des outils de gestion performants et une solide organisation, ils profitent pleinement des beaux jours, et lissent la charge de travail sur l’ensemble de l’année. « Ce temps, on ne pourrait pas l’offrir en salaire. […] Les salariés sont plus autonomes, et développent donc une meilleure organisation » explique Olivier Sâles, fondateur de Love Radius, dans une interview accordée aux Échos.

En août 2019, Microsoft a proposé à ses 2 300 salariés au Japon de tester la semaine de 4 jours pendant un mois. Les résultats sont impressionnants : une hausse de 40% de la productivité par rapport à août 2018, 92% des salariés séduits par la semaine de 4 jours, et une consommation électrique en baisse de 23%. Vu le succès, l’entreprise a prévu de renouveler l’expérience.

La semaine de 4 jours à temps complet

Yprema, entreprise française de recyclage de matériaux, a mis en place la semaine de 4 jours depuis… 1997 ! 80% des salariés sont à la semaine de quatre jours, et choisissent eux-mêmes leur troisième jour de congé, en s’organisant avec des binômes ou des trinômes pour le suivi des en-cours. Si cela tient depuis plus de 20 ans, c’est que ça fonctionne !

Ce n’est pas Andrew Barnes qui dira le contraire. Il a mis en place la semaine de 4 jours chez Perpetual Guardian, société d’investissement néozélandaise. Depuis 2018, 80% des 240 salariés s’octroient un jour de repos supplémentaire (et 20% non, mais c’est leur choix !). Une étude menée avec l’université d’Auckland a montré que la société était passée de 54 à 78% de salariés satisfaits de leur équilibre de vie, et 20% se déclarent plus impliqués. Leur productivité suit : en un an, elle a augmenté de 24%. Fort de ces résultats, Andrew a lancé le 4 Day Week Global Campaign et arpente le globe pour convaincre les dirigeants de tenter l’expérience.

À Nantes, l’association Alisée, qui sensibilise aux questions énergétiques et environnementales, a fait le pari de l’autonomie et de la flexibilité en proposant à ses salariés de travailler seulement 32 heures par semaine. Chacun s’organise comme il le souhaite grâce à un outil de gestion du temps. Les collaborateurs peuvent donc alterner des semaines de 40 heures avec des semaines de 3 jours, ou garder du temps pour rallonger leurs congés d’été… Une liberté susceptible d’attirer des talents en quête d’équilibre vie professionnelle / vie personnelle malgré des salaires « associatifs » !

Travailler moins chaque jour, c’est possible ?

Autre alternative pour les entreprises qui envisagent une réduction du temps de travail : réduire sa durée quotidienne. L’entreprise Tower Paddle Boards, qui fabrique des paddles comme son nom l’indique, a adopté la journée de 5 heures. Stephan Aarstol, son CEO, en a même fait un livre, The Five Hour workday. Il y raconte comment ses employés travaillent de 8h à 13h, en s’appuyant sur des outils et méthodes performants. Pas de pause déj… mais ensuite, ils sont libres ! Au bout de trois mois, l’entreprise affichait la plus forte croissance de San Diego.

Même expérience en Australie chez Collins SBA, très sérieux cabinet de conseil financier : depuis 2015, les salariés travaillent en moyenne cinq heures par jour, et terminent au plus tard à 14h. Pour y parvenir, ils disposent d’un logiciel de gestion du temps, ont été formés au stand-up meeting (les réunions debout) et à la gestion de leur boîte mail. Si les résultats de l’entreprise n’ont pas pâti de cette nouvelle organisation, les congés maladie, eux, ont diminué de 12% !

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La réduction du temps de travail, une réponse à la crise sanitaire ?

À l’heure où les entreprises doivent se réinventer pour faire face aux mesures sanitaires, l’optimisation du temps de travail constitue une piste à explorer. Les prouesses de productivité des salariés pendant le confinement, qui ont réussi à maintenir le cap malgré les enfants et l’école à la maison, ont démontré que les Français sont parfaitement capables d’optimiser leurs journées. Si vous n’êtes pas encore prêts pour le grand saut de la semaine de 4 jours, pourquoi ne pas tenter d’évoluer en douceur en creusant ces quelques pistes ?

  • Instaurez un reporting au résultat, avec des étapes clés à valider sur les projets et des délais à respecter, plutôt qu’un reporting au temps passé.
  • Offrez de la flexibilité horaire à vos salariés, en gardant un tronc commun de quelques heures le matin où tous peuvent échanger facilement.
  • Offrez de la flexibilité physique en généralisant le recours au télétravail une fois sortis de la crise sanitaire, de préférence en espace de coworking à proximité de leur domicile pour garantir un cadre de travail adapté à vos salariés.
  • Félicitez vos collaborateurs s’ils terminent un dossier plus tôt que prévu… Et invitez-les à profiter de leur temps libre plutôt que de leur confier un travail supplémentaire. 
  • Formez-les à la conduite efficace de réunion : invités, ordre du jour, durée, si tous les paramètres sont optimisés, elles ne doivent pas durer plus d’une heure.

Profitez bien du temps libre que tout ceci va vous dégager !

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