Alors que la santé mentale demeure une Grande Cause nationale en 2026, le monde du travail reste un terrain de fragilité psychologique. Un salarié sur quatre se trouve en situation de mal-être mental et 69 % déclarent avoir déjà souffert d'un trouble lié à leur activité professionnelle1. Stress et burn-out occupent le devant de la scène, un autre phénomène plus discret gagne du terrain : l'ennui au travail, ou bore-out, dont les conséquences sur la motivation, l'engagement et la santé mentale sont loin d'être anodines. Quelles sont les causes de cet ennui au travail ? Comment repérer les symptômes et agir avant que le bore out ne s’installe ? Voici nos conseils.
En bref
- Le bore-out touche une large majorité des salariés. Selon QAPA, 76 % des Français déclarent s’ennuyer au travail, un phénomène en forte progression, qui alimente perte de sens, démotivation et envies de départ.
- L’ennui au travail est un véritable risque pour la santé mentale. Charge de travail insuffisante, manque de reconnaissance, monotonie des missions ou micro-management peuvent conduire à un désengagement progressif, une baisse de l’estime de soi et, dans les cas les plus graves, à un bore-out ou une dépression.
- Les entreprises disposent de leviers d’action. Autonomie, formation, mobilité interne, flexibilité, réunions plus efficaces et environnement de travail stimulant permettent de renforcer l’engagement des collaborateurs et de prévenir durablement l’ennui au travail.
L’ennui au travail, ou bore out, un mal professionnel qui va croissant
76% des Français éprouvent de l’ennui au travail2, au point d’être prêts à revoir leur salaire à la baisse pour renverser cette situation. 78% estiment que leurs collègues sont eux aussi victimes de l’ennui, et seulement 56 % trouvent leur profession utile (contre 71 % en 2019 !). Une situation d’autant plus préoccupante que 63 % avouent vivre avec difficulté ce bore out et ce manque d’intérêt pour leur travail. Cet ennui va de pair avec une perte de sens, d'estime de soi et des envies de démission de moins en moins dissimulées chez les jeunes cadres, et les chiffres ne font que grimper.
| 2019 | 2022 | 2023 | |
| J’ai un travail ennuyeux | 63% | 71% | 76% |
| Je dissimule mon ennui au travail | 90% | 91% | 79% |
| J’ose en parler à mon chef | 61% | 55% | 68% |
| Je préfère ne pas m’ennuyer au travail et avoir un salaire plus bas | 54% | 49 | 56% |
Qu’est-ce que l’ennui au bureau, ou bore out ?
Le Robert qualifie l’ennui comme une « impression de vide, de lassitude causée par le désœuvrement, par une occupation monotone ou sans intérêt ». L’ennui au travail, c’est une absence d’intérêt pour les tâches à accomplir, une déconnexion avec le monde de l’entreprise, accompagné d’une sourde envie d’être ailleurs / de faire autre chose.
Même si cela n’aboutit pas forcément sur une dépression ou une reconversion professionnelle, s’ennuyer dans son emploi est un signe de souffrance psychologique. Seulement 5% de salariés déclarent « très bien vivre » ce manque d’intérêt pour leur mission. Pour tous les autres, il est urgent de réagir ! Car l’ennui au travail n’est nullement facteur de créativité, mais le début d'une perte de sens, démotivation, perte de confiance et finalement d'estime de soi. Une spirale mentale qui explique qu’il soit difficile pour certains d’assumer ce mal-être (voir plus haut) et qui peut mener progressivement à l’épuisement professionnel (eh oui), au bore out et, in fine, à la dépression.
Alors, comment éviter qu'une période d'ennui au bureau, parfois due à une baisse d'activité conjoncturelle ou un flou stratégique dans l’entreprise, débouche sur une souffrance psychologique et un bouleversement de carrière ?
Une première étape sera d'en reconnaître les symptômes, puis d’en comprendre les causes et conséquences afin de déterminer quel levier activer pour combattre efficacement ce syndrome. Voici quelques conseils.
Pourquoi s’ennuie-t-on au travail ?
Les raisons de sombrer dans l’ennui au travail sont nombreuses, mais voici les principales causes.
Une charge de travail insuffisante : un effet culpabilisant
La vie en entreprise n’est pas lisse et les périodes de creux sont naturelles. Mais qui parvient à s’épanouir et trouver du sens à sa vie professionnelle en commençant ses journées sans avoir à rien faire ? On finit fatalement par éprouver un mal être psychique. Loin d’être reposante, cette oisiveté forcée génère en réalité un stress qui pourra mener à un état d’épuisement psychologique si elle dure. Cerise sur le gâteau : ce stress sera accru si les collègues de bureau, eux, sont débordés, créant ainsi une sensation d’inutilité et d’exclusion.
Le manque d’intérêt pour les tâches à accomplir : l’ennui par désengagement
44 % de collaborateurs jugent leur travail sans intérêt, contre 29 % en 20192. Chez les moins de 34 ans, ils sont 47 % à trouver leur job inutile ! Une perte de sens inquiétante, qui les conduit, de leur propre aveu à en faire le moins possible au bureau3. Les raisons de ce bore out ?
- Un manque de sens ou de vision, dû à une culture d’entreprise insuffisante ;
- Un manque de complexité et de challenge dans les tâches à accomplir, au regard des capacités de la personne ;
Source de souffrance psychologique, cette situation conduit peu à peu au quiet quitting, et risque d’amener tôt ou tard à un changement de carrière, avec un nouvel emploi ou reconversion professionnelle. Dommage pour l’entreprise qui n’aura pas su retenir ses talents.
La monotonie des missions : l’ennui de la routine
Des journées qui se ressemblent toutes, l’absence de nouvelles missions, des compétences variées mais jamais sollicitées, un manque de perspective sur des formations stimulantes… Isolés ou mis bout à bout, ces paramètres peuvent à la longue venir à bout des plus résistants au bore out. Pour peu que l’espace de travail soit peu engageant, les équipes silotées, les stimulations et interactions limitées… L’accomplissement professionnel devient impossible, et le risque de glisser vers le brown out, réel.
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Le manque de reconnaissance : l’ennui de ne pas exister
Certains types de tâches répétitives ou missions de longue haleine peuvent donner le sentiment de travailler « à vide » et provoquer des journées de travail interminables. Un manque de feedback positif du management provoque aussi à la longue doute et frustration. Sans reconnaissance ni encouragement envers l'activité déployée, la persévérance s’efface parfois au profit du doute et du bore out.
Le micro-management : l'effet de l'hyper contrôle
Un management étouffant, la rigidité des horaires, produire des reportings plutôt que de faire son job, constituent le terreau fertile d’une souffrance psychologique. Trop de contrôle génère une surcharge de travail sans aucun sens pour les employés, qui à son tour provoque du stress. Selon les personnalités, certains surchaufferont jusqu’à atteindre le burn out, tandis que d’autres perdront de vue l’intérêt de leur mission et se laisseront grignoter par l’ennui.
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Les symptômes de l'ennui au travail
Comment venir à bout d’une situation dans laquelle les employés avouent s’ennuyer, mais ne souhaitent pas en parler ? Les symptômes sont proches que ceux des bore out, brown out et autres burn out. Tous reflètent un mal-être professionnel, dont l’évolution est à surveiller avant d’entraîner de sérieux problèmes de santé psychologique qui coûtent cher à l'entreprise. Voici les plus fréquents :
- Désengagement : absence de curiosité, étourderie, tâches bâclées, retards répétés, perte de motivation, etc.
- Repli sur soi : ne plus faire de pauses entre collègues, perte de confiance, d'estime de soi, etc.
- Changement d’humeur : irritabilité, ou au contraire attitude exagérément expansive.
- Négativité : manque d’implication dans les projets, critiques fréquentes.
- Symptômes physiques : épuisement, tristesse, laisser-aller, etc.
Autant de symptômes qui se manifestent à différents degrés selon la personne, ses valeurs, la culture d'entreprise, etc. Mais si l’entreprise ouvre les yeux, le bore out n'est pas une fatalité. Voici quelques conseils et pistes pour préserver la motivation de ses talents.
Employeur, DRH : cinq conseils pour lutter contre l’ennui au travail
Vous redoutez une vague d'arrêts de travail ou de demandes de reconversion pour démotivation et perte de sens ? Il est temps de réagir pour remotiver vos collaborateurs et au passage réaffirmer les valeurs de votre entreprise.
Donner de l’autonomie et de la confiance
Acceptez de lâcher la bride à votre salarié, et placez-les dans une situation dans laquelle il est libre d’emprunter de nouvelles voies et organiser sa journée. Il réussit ? Bravo, vous n’auriez peut-être pas pensé au mode opératoire qu’il a proposé. Il échoue ? Relisez notre article sur les bienfaits de l’échec, et transformez cela en occasion d’échanger avec lui sur les chemins de progression.
Dire halte à la réunionnite
Selon l'Observatoire de l'infobésité et de la collaboration numérique (OICN)4, les salariés français passent en moyenne près de 45 journées de travail par an en réunion. Pour les managers, ce chiffre grimpe entre 82 et 111 journées par an, avec en moyenne 11 à 15 heures de réunion par semaine… Soit près de cinq mois de travail consacrés aux réunions ! Oui, vous avez bien lu. On mesure bien la surcharge de travail et la lassitude occasionnées par ces « points ». Les entreprises ont beaucoup à gagner à sensibiliser et former leur ssalariés sur les réunions utiles et la bonne conduite d’une réunion efficace.
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Miser sur la formation et la mobilité de vos collaborateurs
Stimulez la motivation de vos salariés en leur proposant de nouvelles missions et en encourageant le changement de poste en interne. Accompagnez-les en renforçant leurs compétences via des parcours de formation personnalisés qui leur permettront d’explorer de nouveaux champs d’intérêt et d’action. Donnez-leur des perspectives d’évolution de carrière tout en développant leurs compétences internes. Cette logique gagnant-gagnant réveillera l’intérêt de vos talents, les fidéliser et démontrera la sincérité des valeurs de votre entreprise.
Offrir de la flexibilité à vos salariés
Interrogés sur l’organisation la plus favorable à leur qualité de vie au travail ou leur santé psychologique3, 2/3 des talents de 18-44 ans aimeraient gérer l’organisation de leur semaine de travail en toute liberté. L'idéal ? Sans horaire fixe, ou de différence entre la semaine et le week-end. Tous âges confondus, 55 % des salariés expriment le même souhait. 66% aimeraient disposer de la liberté totale de choisir d’où ils travaillent.
On imagine donc l’ennui généré par un poste et des horaires fixes pour ces nouveaux profils épris de liberté professionnelle. Une réponse possible ? Prévoir des jours de télétravail et des horaires flexibles, en formant les managers aux modes de travail hybride. Pour avoir l’assurance d’offrir des conditions de travail ergonomiques et propices à la concentration, l’entreprise peut proposer à ses équipes des postes de travail dans un espace de coworking proche de chez eux.
Miser sur un cadre de travail stimulant pour vos équipes
En réponse aux nouvelles attentes des salariés, les espaces de coworking rivalisent de créativité pour proposer toutes sortes de services attractifs et stimulants. Conférences, afterworks thématiques, salles de sport, dégustations et soirées créent de l’engagement, développent les compétences, enrichissent le réseau professionnel… et endiguent la perte de sens éprouvée par certains.
Vous doutez ? Ces bienfaits ont été chiffrés par l’institut Asterès5 : travailler en coworking améliore de 16 % la productivité de ses usagers…. Ce qui équivaut à un gain de 11 000 € par an et par coworker.
Le mot de la fin
Dans un contexte où fidéliser les talents, et particulièrement la Gen Z, devient un défi majeur, ignorer l'ennui au travail n'est pas une option pour les entreprises. Donner des perspectives, favoriser l'autonomie, reconnaître les contributions et créer des environnements de travail stimulants constituent autant de leviers pour maintenir l'engagement. Car un collaborateur qui s'ennuie n'est pas seulement un salarié moins motivé : c'est souvent un talent qui commence à regarder ailleurs. Dirigeants, RH, à vous de jouer !